Vatican. 02

Le concile a 50 ans, aussi n’est-il plus pour moi un poupon devant lequel on s’extasie, il n’est plus un adolescent incontrôlable, il n’est pas un ambitieux de 20 ans qui pour exister renierai tout son passé se pensant être le seul avenir ; il a connu des échecs et vécu des joies, on l’a trahi on ne l’a pas compris, on l’aime on le déteste… il a 50 ans, il vit depuis 50 ans ! Au regard de son expérience je sais que je peux lui faire confiance comme à un père. Sans illusions et avec indulgence.

Un travail d’interprétation

Ils sont nombreux les points d’inflexions dans l’histoire du monde et de l’Eglise et donc tout aussi nombreux les avants et les après. Ainsi Jésus Christ, le 14 juillet 1789, le 25 janvier 1959, mai 1968, le 9 novembre 1989, le 19 avril 2005…

L’événement inauguré par le discours Gaudet Mater Ecclesia est sans doute l’un de ces rendez-vous de l’histoire.

Ceux qui se souviennent de lui, et ceux qui en ont entendu parler, considèrent, avec plus ou moins de force et de passion, que depuis ce 11 octobre 1962 il y a un avant et un après dans l’Eglise. Il y a un avant et un après le Second Concile Oecuménique du Vatican.

L’interprétation de ce fait majeur de notre histoire, obligea et oblige chacun à se positionner comme fils et filles de l’Eglise dans toutes sortes de dimensions : le rapport à l’organisation de l’Eglise, à la Parole de Dieu et à la révélation, à la liturgie, à la pastorale au cœur de notre monde, aux rapports prêtres et laïcs, à l’activité missionnaire de l’Eglise, à l’approche œcuménique ou interreligieuse, à l’éducation et aux média etc.

Pour cela, la première exigence qu’impose le Concile est de visiter ses constitutions, décrets et déclarations… de les connaitre, les apprécier, les étudier sérieusement.

Le « ouï-dire » n’est pas suffisant. Il n’est qu’une rumeur !

Tous les faits de notre histoire passent inévitablement au crible de l’interprétation. Le concile n’y échappe pas. Dans l’Eglise, grâce à l’exercice de la liberté des enfants de Dieu, il n’existe pas d’interprétation monolithique qui serait comme une sorte d’orbite commune : une trajectoire tournant autour de ce Concile à la même vitesse, la même distance, le même regard et la même attraction. Tour à tour, en fonction du temps qui passe à toute allure, les nostalgiques de l’événement s’opposent à ceux qui le rejettent depuis le premier jour; les quelques inspirateurs encore vivant du Concile s’inquiètent de la venue de ceux qui le dépassent, sans remarquer que ceux qui l’oublieront… sont déjà nés.

 

Oublié ?

C’est là le destin de ce concile du XX ième siècle, inscrit dans l’unique et même destinée de tous les conciles qui l’ont précédé. Ni plus ni moins. Bouillon d’idées et de grâce, les conciles finissent toujours par tomber dans une forme d’oubli. En effet qui se souvient précisément des dates, objets « esprits », et décisions des 7 premiers conciles oecuméniques ? De rares spécialistes ! Et pourtant paradoxalement tous nous en sommes imprégnés jusqu’au coeur. Et qui parmi les enfants nés au XXIe siècle connait ce que Vatican II signifie ? Au mieux, les petits malins penseront qu’il s’agit d’un programme informatique ou d’un jeu video : le nouveau Vatican.02 !

 

Des sources silencieuses

Ces Conciles hier convoqués par l’empereur et aujourd’hui par l’évêque de Rome ont un avenir plus grand que celui de leur propre histoire. Leur avenir est possible quand d’une certaine manière on les oublie enfin. Voilà leur chance. Mais attention, les conciles oubliés ne sont pas pour autant absents ou morts. Ils perdurent dans l’inconscient collectif où leurs œuvres sont comme des sources silencieuses et cachées. Elles sont là, trouvées, dégagées, repérées, disponibles et offertes parfois domptées….

Elles irriguent et arrosent tout avec mesure. Ainsi circule dans le grand arbre qu’est l’Eglise, de ses racines jusqu’à son pollen : l’Evangile. Et tous ceux qui veulent se rafraichir à  l’ombre de cet arbre peuvent s’y arrêter, s’y nourrir aussi. C’est là l’unique ambition des conciles des pères conciliaires et des chrétiens conciliaires au service des hommes de ce temps. Tout ce qui est en plus est en trop !

 

La Réception de Vatican II

Certains, aujourd’hui, s’inquiètent et veulent sauver le Concile, ils brandissent un épouvantail noir qu’ils nomment « retour en arrière »… pendant que d’autres exigent un motu proprio, des permissions et des négociations en tout genre pour en finir avec le Concile

Je ne suis disciple ni des uns ni des autres.

Je crois en une troisième voie. Celle de l’équilibre et de la confiance adossée à cette parole déterminante du Christ « Je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde ». De lui, je suis disciple.

Le temps de la réception d’un concile est fait d’élans et de reculs et c’est bien normal. Saint Basile se plaignait au IVe siècle des suites du Concile de Nicée où il voyait l’Eglise comme « un navire dans une bataille navale ». Nous sommes encore dans le temps de la réception, et ce pour un certain temps encore ! L’urgence responsable aujourd’hui est de savoir de quoi on parle quand on prend la parole au nom du Concile. Il n’est pas juste de le réduire à un slogan.

Notre rôle à nous, fils et filles du concile, est de le faire entrer en Eglise dans le process de l’oubli que je mentionne plus haut, pour le faire passer dans l’inconscient collectif.  Il en fut ainsi pour chaque génération, première-née et puînée, des périodes conciliaire et ce depuis celui des cinq patriarcats en 325 ! Ne perdons pas de temps. Il passe si vite. Quittons toute passion et combats idéologiques pour choisir la confiance sereine.

 

50 ans, si jeune et déjà si… vieux

Le concile a 50 ans, aussi n’est-il plus pour moi un poupon devant lequel on s’extasie, il n’est plus un adolescent incontrôlable, il n’est pas un ambitieux de 20 ans qui pour exister renierai tout son passé se pensant être le seul avenir ; il a connu des échecs et vécu des joies, on l’a trahi on ne l’a pas compris… il a 50 ans ! Au regard de son expérience je sais que je peux lui faire confiance comme à un père. Sans illusions et avec indulgence.

Je sais qu’il est loin le temps de ses rêves et de ses principes. Il ne dit rien sur tant de sujets : de la crise, de la forte sécularisation de l’Europe, de la force économique de l’Asie, du fait que l’Angola et le Mozambique ne sont plus colonies portugaises depuis 38 ans déjà ; il ne sais rien de la mondialisation, du SIDA, de l’écologie, du premier pas sur la lune, du Gender, et rien non plus des départs massifs des prêtres, religieux et religieuses… ces questions étaient inenvisageables en 1965.

Mais il a inspiré une méthode pour aborder ces questions, et trouver des réponses nouvelles à partir de l’Evangile. En somme, il me rappelle qu’avec l’Eglise il est toujours possible de s’appuyer sur ce que disait Saint Irénée de Lyon au II siècle : « la foi, par l’action de l’Esprit de Dieu (…) rajeunit toujours, et fait rajeunir le vase qu’il contient. »

 

L’Arlésienne

Peu connaissent le concile et surtout le process de sa réception. Son nom est à la bouche, mais les idées sont vagues. On en parle sans vraiment le connaitre.

Prenons par exemple le texte conciliaire sur la liturgie, celui que j’étudie et enseigne. Je suis frappé dans les très nombreuses formations que je donne, de voir combien elle il est méconnue dans les paroisses : par les équipes liturgiques, les catéchètes, les diacres permanents, les prêtres eux-mêmes…. Pourtant ce texte conciliaire a rang de constitution et c’est lui qui le 4 décembre 1963 fut le premier texte adopté par les pères et ce presque à l’unanimité, avec 2 147 placet contre 4 non placet.

Je remarque, toujours dans ces formations données depuis près de 6 ans dans tout le diocèse de Lyon et ailleurs, combien son application dans la réforme des rituels depuis 50 ans n’est pas connue… : peu connaissent les introductions aux rituels, les 4 propositions du rituel de la Pénitence et de la réconciliation, qu’il n’y a pas « un » mais « des » sacrements pour les malades, etc, etc, etc…

 

Agacements…

Alors, je m’agace des slogans des jumeaux ignorants qui avec force affirment aussi fort l’un et l’autre « c’était mieux avant » ou « c’est bien mieux maintenant ». Ils sont jumeaux car ni l’un, ni l’autre, n’a véritablement creusé la question, tout est approximatif et le peu qui est dit, se dit en hurlant. Insuportable. C’est folie de choisir son concile en opposition à un autre. En effet, qui aurait l’idée saugrenue de dire de Nicée II « c’était mieux avant » ou « c’est bien mieux maintenant » ?

Avec le temps, heureusement, a force de hurler ces jumeaux ont la voix plus faible.

 

… et réjouissances !

Je me réjouis des très nombreux jeunes et moins jeunes qui viennent dans les formations diocésaines et qui se réjouissent d’apprendre, qui découvre avec Sacrosanctum concilium et les textes qui s’y réfèrent depuis 50 ans,  le sens de ce qu’ils faisaient font et feront avec joie et confiance. Dépassionnés. Libres. Assumés. Confiants en ce que fait l’Eglise dans les rituels qu’elle offre !

 

Vatican II, un concile tout simplement.

Les Conciles ne sont que les mots et les interprètes du seul et unique message de l’Evangile pour un moment du temps et de l’Eglise. Leur secret est partagé par ceux qui les connaissent et acceptent leur nature : ils ne sont cohérents qu’en solidarité les uns avec les autres et ne sont pas de petits Oedipe condamnés à tuer leur père. Ils sont puissants quand ils sont oubliés, actifs dans l’inconscient collectif de l’Eglise. Ainsi moi qui suis né 3131 jours (soit 8 ans, 6 mois et 28 jours) après la clôture du Concile vatican II, je le reçois comme l’un des événements de l’histoire parcourue et encore à vivre de l’Eglise avec la même valeur de ses prédécesseurs et de ses probables suiveurs. Pas vraiment d’avant, ni vraiment d’après mais un aujourd’hui inauguré il y a 2000 ans déjà. Ni plus, ni moins. Merci à ceux qui me l’ont transmis intact, ceux qui m’ont aidé à le comprendre, ceux qui l’ont inscrit dans mon inconscient : il fait partie de ma vie. Ma vie qui, elle aussi, passe.

10/03/2012

2 Réponses pour “Vatican. 02”

  1. Redigé par Pierre:

    9 avril 2005 ? Le mariage de Charles et de Camilla ?

  2. Redigé par Sebastien:

    et les 30 ans de ton épouse ? C’est bien plus proche… gougeât !