Alors on chante ?

 

 

Je reprends ici un article paru sur le blog : http://www.letempsdypenser.fr . Tombé dessus totalement par hasard, je le trouve juste et ai l’impression de m’être fait couper l’herbe sous les pieds tant j’aurai voulu écrire cela. Bravo à Henry le Barde !

Mes petits amis,

Ne voyez pas en moi un réactionnaire aigri, un nostalgique des anciens temps, un pisse-froid qui réclame un ballet impeccablement calé et au point chaque dimanche. Serait-ce le cas que de toute façon je n’en aurais cure.

Je sais bien que faute de grives, on mange des merles, mais tout de même. La liturgie morfle. Chaque semaine, ce n’est pas seulement Bach qu’on assassine. Ni Krebs ou Buxtehude… Non, l’accumulation sédimentaire de tout un tas de petits egos personnels souhaitant souvent se faire plaisir provoque des grésillements rendant inaudibles cette communi(cati)on avec Dieu que la messe est censée nous offrir.

J’ai pleinement conscience que les paroisses ont déjà bien du mal à dégotter un organiste, ne serait-ce qu’un môme capable d’aligner les quatre accords nécessaires (la mineur, ré mineur, sol, do) à l’accompagnement sans risque et sans douleur de la plupart des chants liturgiques. Le plus souvent, c’est déjà une grâce d’avoir un guitariste (enfin une guitare et son propriétaire) sous la main.

Non, plus que l’instrumentiste, mes récriminations se portent sur le choix des chants. Il est très louable de la part des jeunes (et des faux jeunes) de vouloir « dynamiser tout ça ». C’est souvent de façon très bien intentionnée qu’on importe des chants bien enlevés pour réveiller une assistance devenue plus sel que poivre. Le petit combat éternel des anciens et des modernes, des ringards et de l’avenir de la chrétienté, à chacun son dimanche et on verra bien quelle messe est la plus belle, la plus festive, la plus fréquentée !

Sauf que cela pose quelques problèmes pratiques. Les chants sont devenus trop complexes. C’est là leur paradoxe. Ces rythmes pop, bourrés de contretemps, de mesures tronquées, de triolets et j’en passe, sont inchantables à plus de vingt. Immanquablement le résultat est le même que les chansons de copains aux mariages (vous savez, les pastiches approximatifs et lourdingues des chansons de Goldman qu’on a tous écrits à l’arrache au cocktail), c’est incompréhensible et raté.

A cela plusieurs raisons.

La physique, d’abord. Avez-vous déjà fait le calcul de la distance séparant l’animateur de l’organiste ? A une vitesse de 300 m/s, le son peut mettre une quart ou une demi-seconde à faire son chemin. Inutile de dire que l’organiste ne peut matériellement se fier à ce qu’il entend pour ajuster le tempo. Et au cas où il devrait s’adapter, c’est l’animateur et la chorale qui, en retour, seraient dans les choux.

Puis l’assistance. Une foule ne peut chanter correctement un rythme complexe. C’est un fait. Ce n’est même pas une question d’âge. Alors autant choisir un bon vieux 4/4 des familles.

Ensuite l’animateur. Celui-ci a rarement conscience que son rôle premier n’est pas de chanter, encore moins d’entonner une seconde voix, mais de battre la semoule. De donner le rythme. Problème : l’animateur moyen est doté d’un sens rythmique approximatif. Il redémarre souvent une mesure selon son bon vouloir, tronquant ou allongeant la précédente d’un soupir descendu du Ciel, et l’organiste suit comme il peut. Et si, en plus, il tente d’emmener l’assistance sur un chant aux rythmiques tordues et aux contretemps gospello-pop, on est foutu.

Pour finir, l’instrumentiste. Si l’organiste, quelque soit son niveau, aura toutes les peines du monde à reproduire efficacement le rythme enlevé d’un chant des JMJ, le guitariste pourrait, lui, être mieux loti. Après tout, ces chants ont été écrits pour lui ! Sauf que, bien souvent, c’est un instrumentiste moyen. Arpèges moyennes, accords plaqués au petit bonheur la chance, cacophonie. La guitare, c’est comme l’anglais : on peut rapidement faire illusion, mais ça ne dure pas longtemps.

Vous voyez où je veux en venir. Si l’Eglise rappelle que l’orgue est l’instrument liturgique privilégié et que, partant, il n’est pas idiot de choisir prioritairement des chants jouables sur cet instrument (surtout pour les paroisses qui ont la chance de disposer d’un bel instrument et d’un maître compétent), ce n’est peut-être pas une lubie vaticane. C’est peut-être, aussi, pour la beauté et la sérénité des liturgies. Histoire de ne pas être dérangé, distrait, et de pouvoir vivre pleinement notre rendez-vous avec le Seigneur.

Les meilleures volontés sont souvent au rendez-vous. Sauf que, parfois, un peu de professionnalisme – et d’humilité – ne font pas de mal.

On demande bien à l’assistance d’aller communier en ordre. On forme bien les choristes pour savoir ce qu’ils ont à faire en temps et en heure. Ca n’a rien d’un élan militaro-réac. C’est juste histoire de ne pas être détourné du principal par des petits couacs pourtant évitables.

30/05/2012

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