Felix…

en attendant... la colonne de cire ....

J’en parlais quelques articles plus anciens…  et au seuil de la Grande Semaine voici quelques mots sur Felix Culpa

« O Félix Culpa ».

 

O Felix Culpa, quae talem ac tantum meruit habere redemptorem !

 

« Heureuse faute, qui nous valut un tel Rédempteur !».

 

 

Cette expression est un passage de l’hymne du Praeconium paschale (plus communément appelé Exultet) qui est chantée par le diacre au moment de l’irruption de la Lumière du Cierge Pascale le soir de la veillée pascale. D’aucun affirme que cette expression serait augustinienne. Cependant, dans l’immense corpus offert par saint Augustin, il n’y a pas (encore) de référence attestée.

Durand de Mende[1], cité par Dom Capelle[2] pense que l’auteur de cette expression serait saint Ambroise. « (…) l’exclamation O Félix Culpa correspond à une pensée qui lui est familière (…) l’auteur de l’Exultet ressemble à Ambroise comme à un frère. ».[3]

Les études récentes (et anciennes) sur l’origine historique de l’association surprenante des mots « d’heureuse » et de « faute » manquent. Il en est de même des interprétations tant spirituelles que théologiques.

 

Comment comprendre le qualificatif « heureux » pour une « faute » ? L’article[4] du théologien-liturgiste contemporain Paul de Clerck permet de poser quelques jalons et conduit une réflexion. Cet article s’en inspire.

 

Une association scandaleuse

 

L’association des termes de Bienheureuse et de Faute est cause de scandale.

En effet en quoi la faute, apparentée au péché, peut elle être proclamée heureuse ? Pour le comprendre il est nécessaire d’assumer les notions théologiques de « faute » et de « rédemption » dans l’évolution personnelle de chacun.

Un adulte ne peut objectivement nier le mal sournois, à l’œuvre dans sa propre vie. Si cet adulte est baptisé et croyant, il ne peut nier non plus, l’œuvre du Salut à l’œuvre dans sa vie.

En observant son histoire personnelle, avec un certain recul, ce même adulte peut voir, parfois, que le mal, dont il fut complice ou victime à un moment précis de son parcours,  n’est pas qu’une expérience négative, mais qu’elle peut devenir un moyen étonnant pour rencontrer le Sauveur.

En constatant dans sa vie le scandaleux écart qui existe entre sa faute et la béatitude heureuse promise, cet adulte croyant pourra entrer dans une dynamique de conversion selon l’Evangile.

 

La bonne conscience seule est une erreur.

 

 

La tradition chrétienne exige de ne pas confondre le pécheur et son péché. Ainsi fait, le péché est-il relégué à l’oubli aux choses de peu d’importance. Attention cependant à ne pas aller trop vite. Il est profitable de considérer la notion de péché dans sa « perspective heureuse ». Il est évident que c’est l’expérience que l’on fait de ce péché qui est profitable et non pas, bien sur, l’acte. Cette perspective permet de s’extirper petit à petit du moralisme obsédant pour approcher du Sauveur venu pardonner tous les pécheurs. Saint Paul affirme  1 Co 4,4  Ma conscience ne me reproche rien, mais ce n’est pas pour cela que je suis juste : celui qui me juge, c’est le Seigneur. Une négation de ses failles est un refus, conscient ou non, de l’accueil du Sauveur dans sa  mission : c’est manquer le Seigneur à l’œuvre, c’est manquer le Salut en personne. Luc 5, 31-32[5]

 

 

 

 

 

Le reproche sévère seul est une erreur.

 

Le danger possible lorsque le péché et le mal blesse encore et encore le parcours d’une vie consiste pour le pécheur à se détester. Perdu dans un tourbillon et un cercle infernal, ce pécheur peut désespérer de lui-même et se sentir esclave des contradictions que pourtant il rejette en esprit, mais que le réel lui impose. L’aversion vécue par le pécheur contre ce mal risque de se tourner contre lui-même et aboutir à une forme de haine de soi destructrice.

Le péché, pour le chrétien, ne peut pourtant pas être réfléchi sans la perspective de libération qu’offre le Rédempteur. Le reproche n’a de sens qu’en s’ouvrant à la conversion et à la grâce.

 

 

L’occasion d’une conversion

 

Sorti d’une image de perfection morale mensongère que l’homme sévère s’impose il lui est possible de s’apaiser.

Il peut reconnaitre en l’autre un frère d’infortune et de misère qui s’il ne le console pas, lui permet de ne pas se sentir seul. Un regard plus tendre, plus simple plus aimant s’ouvre sur l’autre dont la misère ressemble à la sienne, et l’autre devient un prochain, un frère. Cette approche de l’humanité-fraternelle ouvre à l’une des dimensions de la communion: il n’est plus de bons ou de méchants. Il n’y a plus de justes qui n’existent que par la présence d’injustes. Il n’y a qu’une communauté de pécheurs qui se savent solidaires et nécessiteux envers la miséricorde qui s’offre à tous. Là et seulement là, l’expérience de Dieu est possible pour soi pour tous.

 

La faute, ainsi approchée est effectivement heureuse en ce qu’elle permet une opération de décentrement ou seul le Sauveur est à l’œuvre pour le monde. Bienheureuse fautes ainsi approchée, assumée, et dépassée pour une expérience d’alliance en Eglise. C’est au soir de la mère de toute les veillée[6] que prenant conscience du salut, les frères d’infortunes comprennent et mesure la grandeur du Rédempteur.

 

 

 

 


[1] Guillaume Durand, né vers 1230 dans la région de Béziers et mort le1er novembre 1296. On le nomme le Spéculateur, en latin « Speculator », en référence à son « Speculum judiciale ». Il devint évêque de Mende en 1291.

[2] Bernard Capelle (Paul Alexandre Léon Capelle Henry de Faveaux), né le 8 février 1884 à (Namur (Belgique) et décédé le 29 octobre 1961) à Louvain (Belgique), il fut le deuxième abbé de l’abbaye bénédictine du Mont-César à Louvain, de 1928 à 1952. Il contribua au renouveau liturgique dans le cadre du Mouvement Liturgique au long du XXe.

 

[3] Dictionnaire d’Archéologie chrétienne et de Liturgie, dir. Dom fernand Cabrol et Dom Henri Leclerc, Paris, 1922 « Article Pâques ».

[4] Paul de Clerck Le Sacrement du Pardon. Entre aujourd’hui et demain. Desclée 1993 pp. 151 et suiv.

 

[5] Jésus leur répondit : « Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs, pour qu’ils se convertissent. »

 

[6] Sermon 219.

31/03/2012

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