Suis-moi !

Je l’ai vu il y a quelques jours, je l’ai revu hier. L’émotion est la même. Le questionnement est toujours bousculant pour le religieux que je suis moi aussi. Certes, je ne suis pas moine, mais cet appel à donner sa vie et… toute sa vie, en théorie et en pratique mêlées j’essaie d’y répondre depuis bientôt 17 ans dans la vie religieuse.

Ce film est une question pour ma vie. Cette question frappe à la porte de ma vie « et si moi aussi… ? »

Ce film m’a troublé par la douleur de sa violence exposée et les conflits intérieurs de tous les personnages, mais aussi par la puissance du message et la douceur de son invitation qui rend libre celui qui ose l’invitation : « Suis-moi ! »…. Phrase sublime de Luc  »Laissez passer l’homme libre ! »

Le film se déroule comme un Evangile.

D’abord, une fête partagée dans la prière entre tous, au début du film, dans un climat de paix et de simplicité.

Ces moines, modelés par la prière monastique et l’eucharistie  rencontrent tout le monde : ils encouragent, écoutent, soignent, nourrissent, accueillent partagent ce qu’ils ont et ce qu’ils sont. Mais à mesure que le film se déploie,  peu à peu horizons et cœurs s’obscurcissent : peur, crime, sang, violence, cris, questions et angoisse frappent en aveugle et blessent chacun.

Les moines sont touchés, et même traversés par ce climat de ruine, mais modelés par la prière et la vie fraternelle ils osent la foi ! Malgré tout… mais certainement pas malgré eux.

Le film se déroule comme un Evangile.

Après le témoignage au quotidien fait de toutes ces rencontres et de ces gestes qui relèvent apparait l’invitation au pas de plus. C’est le pas de la foi. Ce pas que tout un chacun est invité à faire, mais qu’il ne peut que faire seul. Dans l’Evangile, c’est ce que Jésus fit lorsque saint Luc écrit au chapitre 9 : Comme le temps approchait où Jésus allait être enlevé de ce monde, il prit avec courage la route de Jérusalem. Les moines prendront cette décisions seuls, dans la prière… on les entendra murmurer « Partir c’est fuir »… « Partir c’est mourir »,… « Personne ne m’attends ailleurs »…

A partir de cet instant ils vont revivre la Grande Semaine. Christian, dans une nuit que le vent et la pluie décrivent comme celle de l’angoisse de Gethsémani, est bousculé profondément. Christophe à la fin de cette même nuit soupire en signe d’acceptation lui qui quelques jours avant hurlait « AIDE MOI ! »…  Luc pose longuement sa tête sur une image représentant le Christ, il pose sa tête sur le cœur du Christ comme saint Jean au soir de la Cène.

Tous les moines rassemblés pour leur dernier repas, boivent de ce vin offert à tous par l’intermédiaire de Luc… il sera le vin de la joie mais aussi de la peur et des larmes.  Les larmes d’Amédée…  Le vin manifeste la vie donné jusqu’au bout, « Faites ceci en mémoire de moi » se fait chair dans la vie de ces moines.

 Et puis l’arrestation de nuit, avec violence, par des gardes armés… comme pour le Maitre. Les moines seront ensuite jetés dans un cachot où ils grelottent de froid, de peur. Les dernières images exposent un chemin de croix dans la neige de l’innocence mais aussi de la froidure et de l’abandon… ils pleurent, s’encouragent, se portent l’un l’autre… mais surtout ils avancent avec courage.

Ils meurent.

Le film se déroule comme un Evangile

Il renvoie celui qui a lu, celui qui a vu, à lui-même et à cette invitation « Suis-moi ! ». Pourquoi ? Pour vivre de la promesse.  Au-delà de la mort, c’est la Vie que l’on trouve.

Si dans la foi je porte cette espérance… aujourd’hui en écrivant ces lignes c’est du silence du Samedi Saint dont j’ai besoin… Fais grandir ma foi Seigneur !

20/09/2010

3 Réponses pour “Suis-moi !”

  1. Redigé par Lecteur et acolyte:

    Appelés comme tu le redis, de cet appel doux et exigeant auquel on ne veut pas résister… Et ce, quelle que soient les variantes extérieures de cet appel unique : l’un à la Trappe, l’autre chez les Augustins, tel autre au service dans un diocèse. Appel à vivre le célibat pour le Royaume ou le mariage selon le plan de Dieu…

    Oui, les martyrs de Tihberine nous montrent la route vers Lui. Bien sûr, nous sommes tous appelés à témoigner, pas tous précisément à ce témoignage-là (quoi que je n’en sache rien, au fond), mais il y a dans toute vocation chrétienne un chemin de mort(s) et de résurrection(s) où Il nous a précédé. Ce n’est pas une vue de l’esprit, mais une page que chacun doit écrire lui-même, en seul un jour ou pendant des années, qui avec son sang, qui avec ses larmes…

    Bien sûr, on sait tous théoriquement qu’il faut passer par la croix pour aller à la résurrection. Mais un jour, chacun est en face de ce bois dur et rugueux, de cette mort réelle, celle d’un proche, d’un ami, d’un frère… la sienne…

    Si je suis encore là, c’est qu’ Il m’a porté quand je ne savais plus avancer. Et je ne suis pas le seul qu’il a aidé. Nos chemins, de mort(s) en résurrection(s), nous conduisent vers la Maison.

    Alors, avançons avec tous nos frères qui portent, eux aussi, une croix.

    « Viens et suis moi » nous dit Il …. « Je suis passé là avant toi … Confiance ! ».

    Après le grand silence du Samedi saint, quand tout parait fini, il y a, dans la nuit, l’annonce inouïe : « Oui, vraiment, Il est ressuscité. » Et ses premiers mots au matin : « la paix soit avec vous ».

  2. Redigé par la-petite-rien-du-tout:

    Salut et Paix
    J’ai enregistré en 07 pour les aveugles le livre du journaliste américain qui a servi pour ce film. J’en ai extrait des « consignes » données par Christian de Chergé pour sa communauté:

    Patience: continuer à fair ce que Dieu nous enseigne
    Pauvreté: ne pas enjamber sur l’avenir qui n’appartient qu’à Dieu
    Présence: Dieu est présent en tous ses enfants
    Prière: en confessant ce qu’il y a en nous de viloence, de parti-pris, de rejet
    Pardon: exorciser en nous ces tendances à choisir notre camp

    Ce texte m’a beaucoup aidée alors que j’étais soumise au harcèlement haineux et agressif de ma voisine dans le même couloir d’immeuble que moi. (elle va déménager, soulagement pour ts, problème de voisinage insoluble quand le syndic ne fait rien; tentatives d’agression sur la seule,moi, qui a osé faire qqs remarques; cela existe aussi ailleurs que ds les « banlieux »)
    C’est une situation qui est de plus en plus commune de nos jours. Je suis persuadée que bien des morts retrouvés dans leur appart, ou des suicides inexpliqués, s’éxpliqueraient très bien si on cherchait chez leurs voisins. Les plaintes à la police ne peuvent aboutir puisqu’il suffit que la personne incriminée déclare être innocente de tout, même quand dans ses déclarations la police est à même de vérifier immédiatement ses mensonges! Et les témoignages des voisins ne sont pas reçus, puisqu’ils connaissent la victime!
    La prière de l’ermite (qui sort pour la messe seulement) vous accompagne

  3. Redigé par sitcom fan:

    Great site! much appreciated.