Un autre nom pour Dieu ?

Cela pourrait-il être une nouvelle dénomination de Dieu ? « Aller vers… Je suis Celui qui va vers…! » Dieu, Celui qui ne reste pas en place, qui se « déplace » toujours vers l’autre ou même vers l’Autre. Notre mentalité, plutôt casanière, peut-elle comprendre ce mouvement de Dieu ? Ne sommes-nous pas plutôt portés à nous arrêter, pour rester dans le connu, nous enfermer dans le même, nous en tenir au prévisible ou nous replier sur notre propre moi.

Toujours sortir de soi s’en aller vers l’autre, toujours quitter son quant-à-soi pour vivre la rencontre, toujours marcher en soi et extérieurement pour aller ailleurs, en quête de vraie vie, nous semble fastidieux et pourtant n’est-ce pas ce qui ressort de l’évangile et plus précisément de la vie même du Christ telle qu’on nous la rapporte dans les évangiles?

Jésus n’en finit pas de se déplacer.

Il ne cesse d’aller à la rencontre des gens. Et même quand il prend un petit temps de repos et que l’ayant retrouvé, les gens l’assaillent à nouveau, il cède à leur désir et se laisse envahir. Il ne cesse d’aller et venir : Galilée, Jérusalem, Capharnaüm… Et aussi, nous le lisons dans le passage d’aujourd’hui, de Jérusalem vers le Père : «  Or comme arrivait le temps où il allait être enlevé de ce monde, Jésus prit résolument la route de Jérusalem » ( Lc 9, 51) Notons bien cet incessant voyage à la rencontre de l’autre, cet incessant aller vers… Venu du Père pour habiter avec les hommes Jésus développe pendant sa vie publique, une vie de rencontre intense jusqu’à l’heure de son retour au Père. Il emporte alors en lui l’humanité pleinement réalisée, sans pour autant cesser, par l’Esprit, de rejoindre encore tous les hommes jusqu’à leur accomplissement final dans la communion du Père du Fils et de l’Esprit. Ce mouvement de sortie de soi, d’aller vers, mais à la suite du Christ, exprime aussi le comportement radical du disciple. Accueilli ou refusé le Christ poursuit sa route, sans se laisser paralyser par l’attitude négative des hommes et entraîne derrière lui ses disciples qui eux voudraient, comme Jacques et Jean, s’arrêter en chemin pour, par exemple, punir les Samaritains de leur refus. (Lc 9, 54) Ne le recevant pas, les hommes, comme les Samaritains de cet évangile, se privent eux-mêmes de sa présence et s’infligent dès lors, si l’on peut dire, leur propre punition. Pourquoi donc alors perdre du temps à vouloir régler des comptes ? Délesté de tout, le Christ, ancré dans sa relation au Père, va simplement mais totalement vers les autres pour les rendre fils et frères. Le suivre, comme il le demande et comme les trois personnages de l’évangile (Lc 9, 57-62) semblent le souhaiter, engage, pousse et requiert la pleine liberté : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête » (Lc 9, 58) Comment mieux indiquer qu’il ne possède rien ou qu’il ne s’est approprié aucun bien, même si par ailleurs « c’est par lui que tout a été fait » ?

Fondamentalement enraciné dans sa relation au Père, il va…

Se mettre à le suivre évacue les délais. Venir vers la vie ne supporte pas d’atermoiements. Annoncer le royaume envahit la personne. Ce souci qui doit être constant ( peut-il en être autrement ? ) vivifie de l’intérieur les démarches humaines. Enterrer son père, faire des adieux, autant de gestes humains tout à fait respectables mais qui, selon le Christ, doivent être référés à la mission première. Ils doivent être célébrés dans l’esprit du royaume. Refuser le primat du royaume, regarder en arrière (Lc 9, 62), hésiter à s’arracher, fait penser à la femme de Lot, qui, pour s’être retournée, s’est retrouvée figée dans le passé, comme pétrifiée (Gn 19, 26). Aller vers… passer en proclamant le royaume ; poursuivre sa route ; et annoncer encore, dans et par le quotidien des gestes humains, que le Christ est la Bonne Nouvelle ; dépasser les façons de faire habituelles pour les revitaliser ; voici un incessant labeur qui prend tout entier comme le Christ lui-même fut pris tout entier. Que me dit donc cet évangile et comment me parle ce commentaire ? Suis-je mobile dans ma façon de comprendre le Christ à travers l’évangile et suis-je en route dans ma façon d’en témoigner ?

« Aller vers… »

Pourrait-il être un autre nom de Dieu ?

Et pourquoi pas le mien ?

26/06/2010

Une Réponse pour “Un autre nom pour Dieu ?”

  1. Redigé par SOLEIL:

    Aller vers… Oui. Qu’elle belle chose, mais aussi quel courage nous faut il alors.
    Aller vers … sans se retourner, quitter pour aller vers.

    Aller vers, implique une marche en avant, pour vivre une nouvelle étape de notre vie.
    C’est aussi alors partager, connaitre apprendre faire confiance.
    ALLER VERS DIEU le rejoindre et par la même rejoindre les hommes.
    ALLER VERS LA VIE.