Quand un nuage s’en mêle

Petit nuage de rien du tout… et nuage devenant une question.

Ce fut un pèlerinage de joie et de Bible. Je rentre à l’instant d’un Pèlerinage.  J’accompagnais une vingtaine de personnes en Terre Sainte, ou plutôt une partie de la Terre Sainte puisque nous n’étions ni à Gaza, ni en Jordanie, ni au Liban.

La Terre sainte c’est d’abord des couleurs, des odeurs, et des gens : des hommes, des femmes et des enfants qui vivent sur cette Terre aux mille contrastes : désert : « le sec », plages de Césarée, jardin de la Galilée, montagnes de Judée avec Jérusalem entre monts et vallées.

Premier temps dans le désert. Temps de « mise en silence ». Silence des bruits du cœur, des bruits du monde, des inquiétudes, du stress, de l’ordinaire,… Temps de silence et de solitude avec une célébration au cœur de ce paysage en création.

Ensuite, direction Massada, passage par Ein Guédi et la mer morte, puis Jéricho. Contact ici avec le point géologique du « très bas », celui du monde et celui de nos cœurs avant de remonter le cours du Jourdain vers le lac aux trois noms.

Si vous êtes poète vous l’appellerez : lac de Génésareth, sa forme de harpe vous guidera dans une prière douce des psaumes. Si vous êtes géographe vous l’appellerez : lac de Tibériade en mémoire de la localité importante qui se trouve sur sa rive sud ouest. Si vous êtes théologien vous l’appellerez : mer de Galilée, attentifs à ses vents violents, aux porcs qu’il parque, à ses « occasions de ballades ou de plongées » pour Jésus ou Pierre, à ses rives à traverser de l’une à l’autre… Nous avons pris le temps de mesurer ces trois dimensions essentielles.

Ce n’est pas tout, car le lac c’est aussi Tabga, la confession de Pierre, le mont des béatitudes, Capharnaüm,… Nous avons gravi ensuite le mont de la Transfiguration, le Tabor en évoquant aussi Déborah et la veuve de Naïm.

Nous avons arpenté les rues et les ruelles de Nazareth, la fleur de Galilée : tout y dit la « présence » : celle d’un ange, celle d’un « oui », celle d’un couple, celle d’un enfant, celle d’un Sauveur, et celle aujourd’hui d’une communauté chrétienne en profonde souffrance. Mgr Marcuzzo, l’évêque de Nazareth nous en a longuement entretenus dans une rencontre avec lui. Nous nous sommes aussi réjouis au gout du vin de Cana et de la promesse de l’heure de l’Alliance.

Après la douce et chantante Galilée, direction Bethléem avec comme première douleur le passage du mur de la haine et de la honte, que rien ne peut excuser. Ce serpent gris enserre et étouffe toute une population, cherchant à hypnotiser ceux qui vivent partout ailleurs dans le monde, leur affirmant qu’il n’existe que pour protéger, sécuriser…

Oui c’est un serpent, c’est même le serpent de la Bible : le serpent menteur de la Genèse qui ondule dans tout le pays.

A Bethléem nous avons rencontré des hommes et des femmes qui refusent de faire le « semblant de l’entente », pas question pour eux de réunir un juif et un musulman pour faire « comme si », comme si tout allait bien, comme si tout cela n’était pas grave, comme si finalement tout serait possible… Tout est possible, c’est vrai, mais avec une certaine Vérité,… or pour l’instant la paix recule et s’évanouit tant les vexations et la haine sont palpables… Il faudra négocier, oui, mais d’abord négocier avec ses rêves ! Et pourtant comment se résigner lorsque l’on est à Bethléem ? Ici le Sauveur est né, un enfant, un avenir, le prince de la Paix… Paix longue à venir et qui viendra puisqu’il l’a promise ! Alors, si c’est toi qui le dit Seigneur, je veux y croire, quand même.

Après Ain Karem et les précurseurs, Zacharie, Elisabeth et leur fils, mais aussi Marie Mère de Jésus, nous nous sommes préparés à rejoindre la cité Sainte.

En une journée, c’est un triduum que nous avons vécu : la lente descente du mont des Oliviers, comme le jour des Rameaux, pour passer non pas la Belle Porte, aujourd’hui murée, mais la porte des lions juste à côté. Arrêt à Sainte Anne, lieu de grande paix avant de reprendre le pas douloureux des étapes de la via dolorosa et du long chemin de Croix qui s’évanouit dans l’espérance de l’Anasatasis.

Puis ce fut le mur des lamentations où se rencontrent ceux qui pleurent sur eux mais hélas si peu sur les autres…  Enfin une journée de détente dans les jardins de notre communauté de Saint Pierre en Gallicante. Le domaine normalement fermé le dimanche fut ouvert tout exprès pour le groupe : quelle joie et quelle douceur  de l’accueil de nos frères et sœurs.

Et le nuage me direz-vous ? Et bien le nuage entre en action à présent : coup de fil de l’agence : « vous ne rentrerez pas ce soir, vous ne rentrerez pas demain, vous ne rentrerez sans doute que jeudi… » A cette nouvelle un mélange de joie et d’inquiétude : rester, partir, quand ? Le choix, le non choix somme de bonnes, de mauvaises raisons, objectives aussi… Faut-il partir ou rester ? Peut-on partir ou rester ?

Et bien nous sommes partis ! Mardi par un vol dérouté vers Marseille, ce furent ensuite des bus… et la joie d’écrire ce petit mot tout chaud, ce soir avant de dormir une nuit et sans doute un peu plus…

Désolé les amis pour le dîner de mardi à Paris, celui de mercredi à Lyon. Désolé aussi pour le Frat de Lourdes où je devais intervenir, mais ce n’est franchement pas raisonnable…

Et bien sur… « l’an prochain à Jérusalem »

20/04/2010

3 Réponses pour “Quand un nuage s’en mêle”

  1. Redigé par Geoffrey:

    Et les novices, pas d’excuses?
    Je ne suis pas sûr qu’on sera présent la prochaine fois!
    Dire que je voulais parler de la Divine Miséricorde.

  2. Redigé par Sebastien:

    aucune excuse…
    tu avais fait ton exposé ? i, si tu veux tu me l’envoies et je te fais la correction et si il est très bon, ce qui me semble évident, je le mettrai en ligne sur ce blog…

  3. Redigé par la-petite-rien-du-tout:

    Salut et paix
    Il n’était pas méchant ce nuage, il n’a tué personne comme un tremblement de terre par exemple, mais quelle pagaïe a-t-il mis!
    Un nuage pour cacher Dieu? ou pour Le révéler? Pour révéler qu’un gosse qui a couru bannière au vent sur les pavés de Nazareth, pourrait bien revenir un jour dans un nuage de gloire et faire une autre pagaïe! Celle du jugement dernier.
    Un nuage pour rappeler au monde que la technique c’est bien, mais dans le souffle de Dieu, dans sa théophanie, il n’y a que ce gosse qui nous emmènera!
    C’est ce que la prière de l’ermite vous souhaite.