Homélie de Vincent

Mon frère assomptionniste à prêché ce soir ici à Valpré. Voici cette prédication toute teintée de douceur et de force. Merci frère !

Messe du Jeudi Saint

Communauté Assomptionniste de Valpré, Le 1er Avril 2010

Ex 12, 1-14 ; Ps 115 (116) ; I Co 11, 23-26 ; Jn 13, 1-15

Le premier mouvement de Pierre est de refuser que Jésus puisse lui laver les pieds (Jn 13, 8).

Sa première appréhension vint peut-être de sa réticence à mettre à nu une partie de son anatomie fatiguée par la marche du jour. Et pour ces hommes qui se déplaçaient à pieds et en sandales, leur anatomie était facilement salie par la poussière des routes, et même souvent blessée par les cailloux du chemin. Il conteste ce geste de Jésus, car il le met à nu. Sans protection… Il est prêt à ce que Jésus lui lave les parties les plus nobles de son corps : sa tête (pour penser), ses mains (qui lui servent à donner) mais pas les pieds qui nous permettent de marcher et parfois juste de mettre un pied devant l’autre quand la route est longue et nos chemins difficiles. Acceptons-nous dans ce triduum que Jésus veuille nous sauver avec tout ce que nous sommes ? Dans les parties les plus lumineuses mais aussi les parties plus ténébreuses ou incertaines de nous-mêmes.

Jésus ne correspond pas à l’image qu’il s’en est fait.

Et puis, Pierre a en horreur ce geste qui place Jésus au rang de l’esclave, chargé de laver les pieds de ceux qui passent à table. Pourtant, contrairement à l’idée reçue, ce geste faisait bien partie des pratiques quotidiennes au temps de Jésus.[1] Par exemple, les enfants lavaient fréquemment les pieds de leurs parents et les épouses se penchaient régulièrement sur ceux de leur mari.

Acceptons-nous que Jésus dans sa mort et sa résurrection veuille nous rejoindre dans les gestes ordinaires de notre vie ; ce quotidien où il nous fait sans cesse déchiffrer sa présence d’amour, regarder notre vie et celles de nos proches avec les « yeux de la foi », pour les inviter et sans doute nous inviter à entrer davantage dans l’espérance. Une espérance de salut qui ne passe par des grands gestes ou des prouesses mais par une vie donnée, donnée simplement dans par la vie de tous les jours et parfois les petits services du quotidien le plus ordinaire. Sans spectacle, mais sans retenue non plus.

Oui, mais Pierre refuse que ce service soit accompli par Jésus de peur sans doute qu’une telle tâche puisse lui revenir à son tour. Il refuse d’entrer dans cette autre vision du Christ, où il risque bien de perdre ses repères. Il résiste à abandonner ce qu’il pense savoir de Jésus. Il refuse de se laisser déplacé par un visage du Christ qui le rejoint dans les gestes tout simples de la fraternité et de l’attention au besoin de l’autre.

Pierre a peur que ce geste de Jésus l’embarque trop loin

Sa protestation ne porte pas seulement sur la menace que ce geste pourrait porter à l’identité divine de Jésus. Le Fils de Dieu ne le serait plus vraiment s’il se mettait à faire ce qu’on exige de l’esclave. Elle indique aussi et surtout sa propre résistance intérieure à comprendre qui il est, lui Pierre, comme disciple du Christ. La réaction « scandalisée » de Pierre porte davantage sur sa propre identité de disciple du Christ.

L’instruction de Jésus n’est pas d’ordre éthique, elle est de l’ordre su salut

Ici, l’instruction de Jésus lors de ce lavement des pieds n’est pas seulement d’ordre éthique, elle est surtout de l’ordre du salut. Par son geste, Jésus n’instruit pas seulement ou même d’abord ses disciples sur ce qu’il faut faire. Comme une fable aimable de la Fontaine où la dernière phrase donnerait un sens « moralisateur » sur le décours de la vie. Il nous instruit ce soir sur le sens de la journée de demain, ce qu’il va faire dans l’économie du salut. Le lavement des pieds de ses disciples préfigure une vie entièrement donnée pour ses amis sur la Croix.

Le défi est alors pour nous de comprendre le lien existant entre l’œuvre de Dieu agissant à travers le geste de Jésus, geste qui fait naître la communauté de ses disciples, et la vie même de cette communauté où l’amour mutuel devient l’expression la plus achevée de la fidélité au Christ. De vivre ce que nous célébrons et de célébrer ce que nous vivons déjà. La croix donne un sens à nos vies. En nous demandant de « faire ceci en mémoire de moi », il ne nous laisse pas seulement un rite, il nous demande de faire ce qu’il est en train de faire. Lui qui passe de la vie à la mort pour que nous puissions passer de toutes nos petites morts à Sa Vie à lui. Pour que nous recevions dés à à présent sa vie ne plénitude.

Vincent Leclercq, aa


[1] Marianne MEYE THOMPSON, « His Own Received Him not » [Jn 13] in Ellen F. DAVIS, and Richard B. HAYS. The Art of Reading Scripture (Grand Rapids: Eerdmans Publishing Company. 2003): 259

01/04/2010

2 Réponses pour “Homélie de Vincent”

  1. Redigé par David:

    mince, J’avais pas réalisé que tu es dans la même communauté que vincent. tu le salues de ma part, stp!

  2. Redigé par Sebastien:

    et non l’ami, il est simplement de passage pour le Triduum dans ma communauté. Belles fêtes à toi. Fraternellement