Merci aux fidèles, merci Koz !

C’est un sujet douloureux qui en ce moment noircit les pages de nos revues, de nos blogs, des pages internet, et plus profondément encore mon coeur de prêtre.

Bien sur, et ceci sans appel ni complaisance: c’est abominable ce que ces enfants ont vécu !

Une question me hante:  vous mes frères-bourreaux que s’est-il passé pour en arriver là ?

Une promesse m’anime: je vous confie à la Miséricorde de notre maître, et au pardon de la part de vos victimes. Moi je prie pour vous, pour tous… !

Une douleur se fait  forte: j’intervenais il y a quelque jours dans un lycée, l’accueil de certains élèves à la vue de mon col romain fut sans appel: « tiens encore un pédophile ! » Mon péché est d’être prêtre et donc… pédophile. Cela pourrait me passer « au dessus » ou « à coté », et bien non cela me blesse en plein coeur !  Je passe la parole, le clavier, au blog de « sacristains.fr »…  Merci à vous les amis, merci à vous mes frères !

Douloureuse ironie : en cette année sacerdotale et en plein carême, les prêtres, nos prêtres, pourraient dire qu’ils vivent une vraie montée au calvaire. Eux qui se sont engagés dans cette mission par amour du Christ et des hommes se voient collectivement suspectés du crime le plus ignoble qui se puisse concevoir : abuser de l’innocence, souiller l’enfance, ruiner des vies entières, tromper ses frères.

Le père de trois enfants que je suis n’oublie certainement pas que cette mise au pilori répond au martyr silencieux des enfants. Il voit ces scènes que l’on rapporte. Il imagine ses fils, il pense à sa fille.

Mais il voit aussi passer devant ses yeux les visages de tant de prêtres. Et parmi eux, des amis précieux. Arnaud, Laurent, Sylvain, Hugues, Armel, Pascal, Antoine, David, Yves, Emmanuel, Antoine, Sébastien, Jacques…

Combien sont-ils à parler si abondamment d’eux, sans seulement les connaître ?

Moi, je vois leurs visages, visages souriants, visages priants, visages de frères, visages de pères. Les visages d’hommes qui se sont mis au service entier de leurs frères et sœurs, des hommes qui ont fait le don intégral de leur vie. Ces hommes devraient porter le poids d’un insupportable soupçon, collectivement et individuellement ?

Célibat et pédophilie. On glose à loisir sur un lien prétendu, quand il ne s’appuie guère que sur la rancune d’un vieux théologien écarté, ou l’incompréhension d’une société qui n’image plus que l’épanouissement personnel ne passe pas par l’activité sexuelle.

L’explication paraît si simple : ça ne pourrait venir que de là. S’ils abusent des enfants, ce ne peut-être que par frustration sexuelle. D’ailleurs, nous-mêmes, imaginerions-nous seulement nous en passer ? Non, c’est donc que… Les explications simples sont rarement pertinentes. Et l’empressement avec lequel certains s’en saisissent rend celle-ci d’autant plus suspecte.

Le célibat questionne. Il dérange, probablement. On le remet en cause parce qu’il renvoie à notre propre rapport à la sexualité, parce qu’il semble, à tort, incarner un jugement moral latent, tacite quand le sexe est devenu un nouveau dogme, un nouveau tabou, le temple du « c’est mon choix« , à supposer que votre c’est-mon-choix relève d’une pratique sexuelle médiatique. Mais pas la chasteté, pas l’abstinence, pas la continence. L’unanimisme de la réaction contre le célibat n’est pas anodin.

Le plus venimeux des soupçons. Et voilà nos prêtres collectivement placés sous le feu du plus venimeux des soupçons. Pour ce qu’ils sont. Car c’est bien une cause structurelle – le célibat – qui est mise en avant.

Ainsi, on ne se contente pas de soupçonne les prêtres pour ce qu’ils seraient à ce jour, on les enferme dans ce soupçon, dans un déterminisme. Comment y échapper ? Leur état de prêtres les amènerait mécaniquement à devenir des pervers en puissance, malgré eux. Leurs efforts n’y changeraient rien. Et tout ce que l’on pourrait penser d’eux aujourd’hui, toute notre confiance présente non plus. Aucun ne serait à l’abri du soupçon. In fine, le célibat serait tout simplement une structure du pêché.

La coïncidence avec l’année sacerdotale est telle qu’elle ne semble plus en être une. L’année était consacrée aux prêtres. Fallait-il que des faits parfois vieux de plus de quarante ans éclatent cette année, précisément ? Fallait-il donc porter le fer jusque-là, pour atteindre l’Église jusque dans sa structure ? Et cette succession de révélations est-elle pleinement naturelle ?

Nous, fidèles, si nous le sommes… devons écarter ce soupçon insidieux, de tout notre cœur et avec tout notre cœur. Rien ne justifie de faire un lien entre le célibat et la pédophilie. Absolument rien n’indique que les actes pédophiles soient spécialement répandus chez les prêtres.

Les chiffres le contestent. Même la fille du pasteur l’écarte avec un sobre panache 1. Et les analyses se succèdent pour écarter cette explication commode et infondée, qu’il s’agisse de celle d’Olivier Florant, sexologuedu Père Stéphane Joulain (prêtre et psychiatre) qui, pour soulever d’autres questions, écarte celle-ci ou encore de Paul Bensussan, psychiatre et sexologue, expert agréé auprès de la Cour de cassation.

Il faut écarter ce débat, pour les autres et pour nous-mêmes, et le soupçon délétère qui va avec. Écarter cette stigmatisation collective insensée, écarter un déterminisme bien peu compatible avec notre foi. Que ce débat soit mené pour d’autres raisons, soit, si certains le souhaitent, mais que l’on ait pas l’indécence d’instrumentaliser cette odieuse question de la pédophilie pour satisfaire un autre agenda.

Cela n’empêche pas d’être lucide. L’ordination, pas plus que le baptême, n’a jamais fait des hommes des saints. Certains professent qu’il faudrait descendre les prêtres de leur piédestal, on ne se souvient pas qu’ils les aient y jamais mis. Et l’on se permettra de douter qu’un abaissement soit indispensable. Nous sommes capables de nous faire une juste représentation de nos prêtres, merci messieurs.

Cela n’empêche pas non plus de reconnaitre que des évêques ont failli, gravement. En mêlant inconscience, souci de la rédemption et peur du scandale. Sans oublier qu’ils étaient des hommes de leur temps, et que leur temps – lorsqu’il n’était pas ouvertement complaisant – n’apportait pas la réponse appropriée à ces cas de pédophilie.

Et pour être lucide, il faut l’être pleinement. Et ne pas oublier non plus que, contrairement à ce que l’on nous ferait croire lorsque l’on nous rabâche que « l’Eglise doit prendre conscience (etc…) », l’Eglise de France a pris conscience des faits il y a déjà dix ans, qu’elle a fait une déclaration publique lors de l’assemblée plénière des Évêques de France en 2000 et mis en place des actions concrètes2. Il ne faut pas oublier non plus, sans que cela n’enlève rien à la gravité des faits commis alors, que tous ces faits révélés remontent à plusieurs dizaines d’années.

On voudrait légitimement que l’Église soit irréprochable, immaculée. Elle est faite de pécheurs – fidèles, prêtres, religieux, évêques comme Papes. Et, même sur une robe toute blanche, on n’en verrait que mieux la moindre tâche de boue.

Je voudrais conclure avec Jean-Pierre Denis :

« Maintenant, je veux penser à tous les évêques et à tous les prêtres. Ceux que j’ai eu la chance de rencontrer, ceux que vous connaissez. Je me dis qu’à leur place il faut un sacré courage, un héroïsme de tous les instants, avec cette culture du soupçon qui s’insinue, ces crachats médiatiques. Je pense aussi à tous les jeunes qui entrent au séminaire, et à ceux qui se posent la question de leur vocation. Comment peuvent-ils résister spirituellement à cette entreprise de démolition ? Oui, je pense aussi à eux, je les admire aussi pour cette épreuve, et même je prie pour qu’ils se sentent soutenus par vous et pour qu’ils tiennent bon. Qu’ils tiennent, mon Dieu, tant ce monde à besoin d’eux ! Cela, je crois qu’il faut le dire. Aussi. Sans rien retirer du reste3. »

Redire aux prêtres notre confiance, notre soutien, notre affection, notre prière…

19/03/2010

Une Réponse pour “Merci aux fidèles, merci Koz !”

  1. Redigé par SOLEIL:

    Les prêtres doivent avoir notre soutien, et ne pas subir l’amalgame, et la loi du nombre. Je comprends et imagine la douleur d’un prêtre acceuilli par des
    soupçons et des railleries, à cause de la faute terrible d’autres prêtres..
    Dans d’autres secteurs ou milieux, dans le sport, celui de l’éducation, des hommes
    qui se mettent aux services des autres bénévolement, se voient eux aussi victimes de l’amalgame.
    Terrible tristesse alors. Combien en ces moments là voient leur certitude balayés, leur foi en ce qu’ils font ébranlés.
    Ne sont ils pas alors tenté de jeter l’éponge, d’abandonner, de se dire, à quoi bon, pourquoi me donner tant de mal face à si peux de discernement de la part de mes semblables.
    ILS , se sont ces bénévoles, se sont ces prêtres qui font le sacrifice et font le don de soi, au service de la multitude.
    J’ai mal en mon église de voir ce qui si passe ,qui s’y est passé, et qui créé des dommages collatéraux terribles
    On pourra débattre du célibat des prêtres, et envisager comment évoluera , comment l’EGLISE devra évoluer , celà parait inéluctable ,mais en attendant
    nous osons dire notre foi en l’homme, et donner notre soutien aux prêtres.
    Vous n’êtes pas seul, et nous savons reconnaitre vos mérites ,votre travail,
    vos qualités.
    Si vous êtes notre pasteur, si nous avons besoin de vous dans les moments difficiles de la vie ou dans ces moments joyeux et qui font la trame de notre existence , de notre bathème, à notre enterrement,
    vous êtes aussi nos fils , nos frères.

    Courage, courage nous sommes avec vous..
    Courage , courage, nous avons besoin de vous
    Et nous savons reconnaitre vos mérites qui sont grands même si vous êtes aidés par des laics vu votre nombre qui décroit, car votre tâche est immense, prenante, fatigante
    Je vous porte dans mes prières.