« À l’oreille ou au micro ? »


Les interrogations que soulève l’initiative privée d’une confession par téléphone pour 0, 34 cts d’euro méritent une petite réflexion sur cette étonnante proposition qui n’est pas une forme extraordinaire d’un rite de l’Église catholique.

Pénitence ou Confidence ?  : quelques observations sur la polysémie du nom Confession.

Le terme même de confession ne recouvre pas aujourd’hui un seul et unique sens. Que l’on soit catholique ou non, que l’on soit jeune ou plus âgé, que l’on soit pratiquant occasionnel ou très régulier… la compréhension du sens du mot confession est variable. En effet quel rapport y a-t-il entre la rencontre personnelle avec un prêtre dans un confessionnal discret et silencieux (souvenir qu’en ont le plus souvent nos aînés) et la pièce-studio de la ferme des célébrités de TF1, où l’interlocuteur qui reçoit les confidences de la « célébrité »  est une caméra reliée à plusieurs millions de personnes invisibles et silencieuses (représentation générale des jeunes générations) ? Ces deux expériences sont désignées par le terme de confession. C’est un choc des cultures !

En utilisant les termes de « Seigneur » et de « confession », le Fil du Seigneur, confessez-vous par téléphone jette la confusion et entretient un malentendu abusif pour des termes qui, une fois associés, appartiennent au champ lexical de l’Eglise. Mais au bout du fil, il n’y a ni prêtre ni Seigneur pour vous écouter !

Le Fil du Seigneur, confessez-vous par téléphone n’a pas inventé un concept ! Il propose ce qui existe depuis longtemps dans l’Eglise et dans d’autres associations où des professionnels de l’écoute accueillent le drame de la solitude, des angoisses, des peines, et toutes les confidences de ceux qui composent des numéros de téléphone dédiés et reconnus. Mais il en parasite consciemment l’esprit. En brouillant le sens des mots, en jouant sur leur combinaison, en exploitant le temps du carême pour lancer cette initiative (temps privilégié pour se préparer à vivre réconcilié avec les fêtes de Pâques qui approchent), les concepteurs de cette initiative privée ne s’y sont pas trompés ! Le trouble existe, et plus grave encore : il y a dol. La proposition payante du Fil du Seigneur, confessez-vous par téléphone est totalement étrangère au sacrement de pénitence et de réconciliation qu’offre gratuitement l’Eglise catholique.

Un garde-fou : Le Rituel.

Les sacrements de l’Eglise sont au service des personnes. Les conditions de forme pour les sacrements, sont codifiées par les rituels, afin d’éviter tout excès ou interprétation délirante.

Le rituel du sacrement qui nous occupe et que l’on appelle un peu rapidement la confession (qui n’en est qu’un aspect), s’intitule en fait Célébrer la pénitence et la réconciliation.

Le sacrement n’est pas centré sur la seule parole du pénitent, a fortiori sur son péché ! Il est d’abord une invitation à la conversion (pénitence) et à la croyance en la Bonne Nouvelle (Mc 1, 15) ; il s’inscrit dans l’histoire du Salut dont parlent les prophètes de l’Ancien Testament et qu’accomplit Jésus Christ. Dans le sacrement, la Parole de Dieu tient une place majeure entre le prêtre et le pénitent mais aussi dans un cadre ecclésiale. Cette Parole révèle la dignité insoupçonnée de l’homme et la profondeur du mal, pour une prise de conscience du pénitent et de l’Eglise de cet avenir que Dieu ouvre aux hommes. Le sacrement dans le rituel de l’Eglise est également une occasion de joie profonde pour ceux qui sont reconnus et accueillis, prolongeant ainsi la façon dont Jésus se comportait avec les « mal aimés » et les « mal aimant » ; ces derniers découvrent le prix qu’ils ont aux yeux de Dieu.

Si elle comporte une dimension individuelle, la démarche du rituel de l’Eglise est aussi comme pour tout sacrement une démarche ecclésiale. La notion de corps ecclésial, de communauté est fondamentale. Il s’agit pour l’Eglise entière, de vivre réconciliée ad intra et ad extra, l’Evangile au cœur du monde pour manifester la Sainteté de Dieu. Pour cela la communauté ecclésiale a besoin de la grâce du Seigneur, de son pardon, de sa tendresse et de sa force, mais aussi du soutien et de la prière de tous ses membres.  Cela se concrétise de multiples façons : le pardon mutuel, le partage, le refus de l’injustice, l’engagement apostolique la prière,…

Le rituel propose plusieurs modalités pour vivre le sacrement. Le plus souvent, le sacrement est préparé par un temps de prière en communauté, puis chacun va rencontrer individuellement le prêtre pour reconnaître ses péchés, recevoir une satisfaction (le prêtre donne un conseil au pénitent en fonction de la gravité et de la nature de ses péchés), prier, recevoir l’absolution, et reconnaitre la miséricorde de Dieu en rendant grâce. L’action de grâce se fait le plus souvent en commun par tous ceux qui ont reçu l’absolution.

La présence physique d’un prêtre, ministre ordonné de l’Eglise, est absolument requise pour le sacrement de pénitence et réconciliation. Le prêtre n’est pas présent en son nom propre, mais au nom de la mission de service que lui a donné l’Eglise. Il est au service d’une rencontre personnelle. Les présences réelles du prêtre et du pénitent face à face, permettent l’irremplaçable rencontre et une communication incarnée toute en nuance : paroles, silences, attitudes,… que le téléphone ne permet pas d’apprécier.

Le poids des mots

Le rituel au numéro 5 affirme que « chacun des mots peut, d’une certaine façon, être utilisé pour désigner la réalité en cause ; mais il faut cependant noter qu’aucun, à lui seul, ne peut exprimer de façon adéquate le tout du sacrement.

Confesser, (du verbe latin confiteri qui signifie reconnaître comme évident, dévoiler, indiquer, avouer, manifester,…), c’est donc avouer à la fois le mal commis, mais surtout reconnaître l’amour et le pardon du Seigneur toujours offert.

Conversion, (du latin conuersio qui signifie changement, mutation, révolution,…) désigne le changement radical d’orientation de toute la vie. Il s’agit de retrouver la vie de disciple selon l’Evangile.

Pénitence, exprime l’ensemble des actes de l’homme par lesquels ce changement d’orientation s’opère et fructifie tout au long de la vie.

Pardon, renvoie à l’initiative de Dieu qui fait miséricorde.

Réconciliation désigne surtout le but et le résultat de tout le processus : l’amitié renouée entre Dieu et l’homme : l’Alliance !

Parler seulement de conversion ou de pénitence risque de centrer l’attention uniquement sur les efforts de l’homme. à l’inverse, parler seulement de pardon risque de conduire à ne voir que le don de Dieu, en omettant ce qui relève de la démarche de l’homme. Enfin parler de réconciliation seulement, c’est affirmer trop vite comme une chose acquise ce qui ne se réalise qu’en terme de processus. Pour être réconcilié, il ne suffit pas que Dieu veuille pardonner au pécheur ; il ne suffit pas que le pécheur regrette ce qu’il a fait ; il faut que pardon et repentir se rejoignent.

La malhonnêteté patente des instigateurs de cette initiative le Fil du Seigneur, confessez-vous par téléphone interroge l’Eglise. Cette initiative nous provoque peut-être à préciser le sens du sacrement de pénitence et de réconciliation, la manière dont nous en parlons et le proposons.  Le Fil du Seigneur, confessez-vous par téléphone nous oblige à considérer encore plus, les demandes de nos contemporains : d’un besoin de « se confesser », d’une écoute personnelle de leur vie et de leur parcours fait d’ombre et de lumière, d’une discrétion, d’une disponibilité réelle, de temps et bien sur d’une parole de personne à personne. Le Sacrement contient cet offre et bien plus encore, le tout : gratuitement et accompagné par un frère réel et non virtuel qui écoute ! Alors quelle réponse pour cette demande de nos contemporains ?

Article écrit pour le site du diocèse de Lyon

05/03/2010

4 Réponses pour “« À l’oreille ou au micro ? »”

  1. Redigé par Natalia Trouiller:

    Je découvre ce blog! Bravo et bonne continuation!

  2. Redigé par TRASSAERT maureen:

    J’ai été bouleversée et fâchée en entendant sur Europe 1 le déroulement de ce qui est proposé à l’appelant dudit numéro. Un piège à gogos pour encaisser un temps de communication très long : plus long que celui d’une vraie confession avec un prêtre! C’est une pure escroquerie! Je suis scandalisée et j’espère que cette arnaque va changer de nom rapidement.
    Limite blasphématoire.
    Quelle profonde joie je ressens après m’être confessée à un prêtre!
    Merci Seigneur.

  3. Redigé par SOLEIL:

    Il ne faut pas mélanger les genres
    Confessions de bien être dans des structures de mode, et confessions
    de soi, dans l ‘Eglise, en dialogue avec DIEU, dans un acte d’humilitée conscient de ses fragilitées, de ses faiblesses.

  4. Redigé par Marie 53:

    Bonjour à tous,

    Pour moi, cette démarche par téléphone, c’est évincer la démarche d’humilité d’aller rencontrer Dieu à travers un prêtre, de se reconnaitre pécheur, de demander pardon et de recevoir le sacrement du pardon donné par Dieu. C’est la solution de facilité ???
    c’est souvent pesant de reconnaître ses torts et de les avouer à Quelqu’un via quelqu’un…

    Le téléphone est la « bonne (?) planque » , on ne se voit pas, (mais Dieu nous voit !!!). Mais personne ne sait qui est au bout du fil et il n’y a effectivement pas sacrement puisque pas d’absolution. Donc seulement des aveux par téléphone…non.
     » La confession n’est pas l’exclusif d’un prêtre.  » (vu dans la présentation de cette ligne téléphonique) : Le Christ, lorsqu’il a institué la confession, l’a donné à ses apôtres, premiers prêtres du monde. Et pas à d’autres.
    Ecouter les confessions des autres, pour moi, est un viol des aveux personnels qui ne regardent personne sauf Dieu et le prêtre qui reçoit ces aveux. C’est aussi une atteinte au secret de la confession.

    Quant au meuble confessionnal, c’est un bien (pour moi) qu’il soit mis au rebut car franchement c’est un meuble plutôt rébarbatif. Je pense que ce confessionnal concordait avec la période où l’on présentait Dieu comme un Dieu qui punit et non un Dieu d’amour qui pardonne.
    Et dans certaines églises maintenant, le confessionnal est devenu une petite pièce avec une icône et/ou une croix, eux chaises et une table, lieu d’accueil beaucoup plus convivial d’un Dieu amour…et d’un prêtre.
    Quand le Christ a institué la confession, Il n’a pas demandé à ses apôtres de le faire dans une boite !!!
    Ceci dit, je respecte complètement les personnes qui sont à l’aise quand elles se confessent dans un confessionnal, si c’est leur choix, pourquoi pas…
    Mais, le lieu est-il l’essentiel de la démarche ?

    La confession (maintenant ?) est plus une rencontre et un dialogue avec Dieu à travers le prêtre, (peut-on dire tria-logue ? ), le confesseur et le « confessé » se trouvant face à face.
    Ce qui n’empêche pas la démarche d’humilité et de pénitence pour venir demander pardon.

    Je crois beaucoup aussi en la présence d’un prêtre directeur spirituel que Dieu peut mettre sur notre route car,au fil des rencontres, il apprend à nous connaitre et donc à nous guider, avec l’aide de Dieu, sur notre chemin. Parfois sans concession, (Refus de donner le pardon parce que démarche pas sincère ou réflexion à approfondir…) mais surtout avec beaucoup d’amour, donné par Dieu.
    Rencontre, dialogue, révision de vie, avec Dieu, par ce prêtre.

    Ce qui n’empêche pas de se confesser quand on est ailleurs que son lieu de vie habituel…toujours avec un prêtre…

    Il y a un autre geste dont je voudrais parler et qui peut suivre éventuellement la confession, c’est l’imposition des mains par le prêtre. Ce n’est pas à chaque fois. Mais, quand on a reçu le pardon, recevoir la force du Saint-Esprit, c’est une aide pour mieux repartir « sur le terrain. »
    ( Merci aux Assomptionnistes qui me l’ont fait connaître lors d’un pèlerinage national à Lourdes, il y a quelques années…)

    La confession, finalement, c’est une réunion à deux personnes : l’un donne l’autre reçoit – le pardon voire l’imposition des mains -, mais Dieu dans tout ça ?
    « Quand deux ou trois personnes sont réunies en mon Nom, Je suis au milieu d’eux… »

    Donc, « tout ça » , la Présence, les gestes et le sacrement, impossible de le vivre par téléphone !!!

    BVDE à tous,

    Marie 53

    Et merci, P. Sébastien et à tous les Assomptionnistes de nous aider, par vos méditations des textes de chaque jour, à cheminer vers Pâques…