Le pardon n’est pas humain, mais il est pour l’homme !

 

Invictus, il me faut en parler ! Non pas pour faire comme tout le monde, mais en écho à une session que je viens de terminer à la Catho de Paris intitulée Théologie et Pastorale du sacrement de pénitence.

Après cette sessions aux questions délicates et tendues dans notre Eglise, je vouais, grâce à une virée au cinéma, me reposer un peu. Finalement ce film m’a fait réfléchir et m’a poussé à prolonger le travail… suis fou !

Je le mesure aujourd’hui, plus fort qu’hier : il n’est pas simple de parler de pardon ! Bien plus encore de vivre dans/du/le pardon. Et lorsque je dis « pas simple », j’entends « impossible ! ».

Alors oui, je récuse le discours ambiant de nos sphères « cathos » dont le sommet est un slogan; ce slogan asséné sur nos têtes et dans nos cœurs par une voix sans pitié: « il FAUT pardonner ».

Je ne doute pas que certains y parviennent, et peut être même en vérité profonde, cependant pour moi cela n’est pas de l’ordre de l’évidence et encore moins du devoir aussi « catho » soit-il !

Je ne dirai jamais à quiconque « il te faut pardonner », pas comme cela, non ! Le Pardon c’est précieux. Le Pardon c’est un miracle qui appartient à Dieu et à celui à qui il en fait don !

Dans la bouche des opposants à Jésus dans l’Evangile nous entendons que « seul Dieu peut pardonner les péchés » Marc 2. Ils ont raison ! Mal intentionnés peut-être, mais oui: ils ont raison ! Le pardon ne se décrète pas si l’on n’est pas Dieu ! Seul Dieu peut pardonner et parler selon la mesure de son amour : « soixante dis sept fois sept fois ! » Mathieu 18.  Mais voila pour moi, pour nous, le pardon est inatteignable selon cette mesure… !

Le pardon n’est pas humain, mais il est pour l’homme !

Ne renversons pas le sens du don. Les croyants de la première Alliance l’avaient compris en chantant dans leurs psaumes et leurs cantiques « Dieu fais nous revenir et nous serons sauvés ! » Ce chant ce comprend ainsi : il nous est proposé d’accueillir le pardon et non pas de le fabriquer.  Nous ne revenons pas, c’est Dieu qui nous fait revenir : vers lui, vers nos frères et vers nous-mêmes, nous qui souvent sommes si extérieurs à notre être, étrangers à ceux qui nous entourent et éloignés du Seigneur.

Alors que faire avec le miracle du pardon ?

Peut-être ceci : le penser et l’approcher à partir du bel itinéraire que les anciens appelaient « chemin de la perfection » que d’autres appellent « chemin de sainteté ». LE chemin du disciple à la suite de son maître qui lui apprendra ce don… Acceptons de penser et de marcher sur cette route dont l’Eglise nous propose à la fois l’itinéraire et les vivres pour y avancer au soleil de Celui qui est « la vraie lumière ». Jean 1.

Comme ministre du sacrement de pénitence et de réconciliation je nous invite, et vous et moi, à nous en tenir simplement à ce que propose l’Eglise dans la pédagogie de son rituel.

Le rituel que nous donne l’Eglise s’intitule très justement : Célébrer la pénitence et la réconciliation. Et non pas « sacrement du pardon », ce n’est pas par défaut ! Pourtant l’expression est connue, mais je l’avoue la formule « sacrement du pardon » me chiffonne un peu. Nous n’en sommes pas encore là, le pardon c’est pour plus tard. Le pardon c’est autre chose : c’est du divin. Le Pardon c’est une promesse.

« Célébrer la pénitence et la réconciliation ». La pénitence se comprend comme un appel à la justice selon l’Evangile, que peu à peu le Seigneur nous donne de percevoir pour nous y engager. La justice reçue comme ce lent processus qui conduit à la vérité de la prière du Notre Père : la juste prière, celle qui nous situe dans la Vérité de Dieu : fils et frère.

La Réconciliation devenant ainsi un long et lent progrès d’adhésion à l’Evangile.

Et Invictus me direz vous qui ouvrait ce billet ? Je le retrouve en vous proposant la lecture de ce « poème source » qui j’en suis certain, porte les traces de l’Esprit Saint si proche du cri des psaumes et que Mandela reçut comme un appel à la justice pour oser le geste de la réconciliation. Quant au pardon… chut c’est du divin… c’est une promesse…

Dans la nuit qui m’environne, / Dans les ténèbres qui m’enserrent,
          Je loue les Dieux qui me donnent / Une âme, à la fois noble et fière.

          Prisonnier de ma situation, / Je ne veux pas me rebeller.
          Meurtri par les tribulations, / Je suis debout bien que blessé.

          En ce lieu d’opprobres et de pleurs, / Je ne vois qu’horreur et ombres
          Les années s’annoncent sombres / Mais je ne connaîtrai pas la peur.

          Aussi étroit soit le chemin, / Bien qu’on m’accuse et qu’on me blâme
          Je suis le maître de mon destin, / Le capitaine de mon âme.

          [poème de William Ernest Henley]

30/01/2010

2 Réponses pour “Le pardon n’est pas humain, mais il est pour l’homme !”

  1. Redigé par amat:

    pardonnez nous nos offenses et pardon à ceux qui nous ont offensés

  2. Redigé par la-petite-rien-du-tout:

    Salut et Paix
    Sacrement où nous allons dire merci pour le pardon de Dieu! T.Radcliffe dans son dernier livre dit pareil! Mon acte de contrition à mon confesseur, car il faut choisir, dit ceci:
    je remercie le Seigneur de me prendre comme je suis. Je Lui demande de ma pardonner pour toutes les fois où je n’ai pas les yeux sur Lui et de ma rendre plus conforme à ca qu’Il veut de moi. je veux faire des efforts pour L’y aider.
    Nous avons la chance d’avoir des défauts, qui sont une base pour nous permettre de nous casser les dents dessus, donc d’avancer vers Dieu! Les parfaits n’ont pas accès au Royaume! Accepter d’être tels qu’on est, et s’efforcer d’être plus fraternel au sens fort pour les autres, voilà qui réjouit le coeur de Dieu. Alors nos défauts, Il s’en chargera!
    La prière de l’ermite vous accompagne